L’article précédent nous a appris la mort de Wetzel, mais nous n’en savons guère plus…

Il s’appelait donc François Paul Gustave Arthur Wetzel. Il était né à Saverne (dans le Bas-Rhin) le 24 août 1842. Il était colonel de la Garde nationale, mais son métier était chemisier (ici je suis la notice écrite par Pierre-Henri Zaidman pour le Maitron).

Il avait donc 28 ans lorsqu’il a été tué. Comme promis, voici un peu de vérité sur sa mort. On la trouve dans La Sociale datée du 11 mai:

Le colonel Vetzel [sic] a été tué devant Issy. Cet officier s’était porté, avec un capitaine de son état-major, à une barricade que les soldats avaient abandonnée. Il y avait là une pièce de canon, que le colonel chargea et tira plusieurs fois avec son compagnon; comme il pointait le trois ou quatrième coup, une balle l’atteignit en plein visage et le tua. C’est la réponse aux soupçons dont il a été l’objet; et, s’il a été quelquefois au-dessous de sa tâche comme chef, il a toujours déployé une grande valeur comme soldat. 

Le délégué à la guerre
Rossel

Ce qui corrige une affirmation parue… quelques lignes plus haut dans ce journal! Je crois qu’on peut faire confiance à Rossel pour s’être renseigné!

Wetzel a été transporté à l’hôpital du Val-de-Grâce, mais c’était sans doute beaucoup trop tard. Toujours est-il qu’il a donc été déclaré mort dans le cinquième arrondissement. Il habitait le dix-septième, 24 rue Truffaut. Il était marié avec une lingère et ils avaient un enfant. D’après Pierre-Henri Zaidman, sa femme et son fils ont reçu des secours de la mairie du dix-septième — en mai 1871, certainement pas après!

Il a été enterré au cimetière du Père-Lachaise le 10 mai, non pas dans la tranchée des victimes, mais dans un caveau spécial de la ville de Paris. Rassurez-vous, il en a été délogé très vite: dès le 15 juin, ses restes ont été transportés dans une « tranchée » (fosse commune) au Fer à Moulin.

Cela semble très honorifique. Pourtant… je ne sais pas si c’est « exprès », à cause des soupçons dont parlait Rossel, mais je peux vous dire qu’aucun membre de la Commune n’a assisté à ses obsèques:

CHARDON. — J’ai vu l’enterrement du colonel Wetzel, il n’y avait pas un seul membre de la Commune!
DEREURE. — Nous ne pouvons pas être en même temps à la Commune et aux enterrements.

Entend-on au cours de la réunion de la Commune le 12 mai. Cela semble un peu contradictoire, mais peut-être Jean-Baptiste Chardon a-t-il vu passer le cortège sans participer à la cérémonie?

Cette phrase apparaît, dans ce procès verbal, dans une discussion dont je parlerai dans le prochain article.

*

La photographie du fort d’Issy est due à Hippolyte Biancard et vient du musée Carnavalet.

J’ai utilisé la notice du Maitron et les journaux cités, l’état civil et le registre du Père Lachaise aux archives de Paris, et les procès verbaux ici:

Bourgin (Georges) et Henriot (Gabriel)Procès verbaux de la Commune de Paris de 1871, édition critique, E. Leroux (1924) et A. Lahure (1945).