En réalité, Germaine Pinard, que j’ai citée dans l’article précédent, raconte l’histoire de son grand-père, le « héros familial », mais aussi celle de sa grand-mère Marie Chautard… 

Marie Chautard est une fillette d’Issoire dans les années 1830. En 1856, elle n’a que 29 ans et a déjà perdu deux enfants en bas-âge et son premier mari. 

C’est alors qu’elle décide d’épouser un de ses cousins germains, qui s’appelle aussi Chautard. Jean-Baptiste Chautard est veuf, bien qu’il n’ait pas pu épouser sa première femme, mais il a un fils vivant (et qu’il a reconnu), un garçon de cinq ans, qui est celui qui semble avoir séduit Marie. Il porte les prénoms Victor et Saint-Just, ce qui, écrit Germaine, est 

une indication précise sur les opinions politiques de son père en 1851. On acceptait sous la deuxième République, toute bourgeoise qu’elle fut devenue, au sortir de Sa Grande Peur de 1848, le patronage d’un conventionnel, et quel conventionnel!

Cette partie de l’histoire, celle de 1848, se passe à Paris — je vais y revenir — mais c’est à Issoire que les deux cousins Chautard vont se marier. Ceci inclut un épisode « dispense » pour le mariage religieux (car ils sont cousins germains). Les deux époux semblent avoir été aussi anticléricaux l’un que l’autre, mais ils décident aussi de baptiser leurs enfants par précaution, pour « leurs éviter des embêtements » et pour faire plaisir à la mère de Marie, qui est très croyante.

Puisque c’est la deuxième fois que je fais allusion aux idées politiques de Jean-Baptiste Chautard, voici quelques mots sur ce qu’il a fait dans sa vie « avant Marie »:

  • il est né à Issoire le 6 janvier 1823 (son père était cordonnier, sa mère je ne sais pas),
  • il est séminariste dès 1834 à Clermont-Ferrand, puis à partir de 1840 à Issy-les-Moulineaux,
  • en 1843, il n’est plus au séminaire (renvoyé?) et commence un apprentissage de plombier
  • en 1848, il participe aux journées de février,
  • et même peut-être à celles de juin; recherché par la police, il aurait été caché par la veuve d’un avocat républicain (pour cela nous n’avons que le récit de Marie et Germaine)
  • puis en août s’engage dans la garde républicaine (ceci est avéré) [j’avoue un petit doute sur la conjonction de « recherché par la police après juin » et « engagé dans la garde républicaine en août »]
  • la femme qui l’héberge est enceinte, mais la mère de Jean-Baptiste refuse qu’il l’épouse [nous sommes déjà en 1851, trois ans, donc, ont passé], comme je l’ai dit, l’enfant naît et sa mère ne tarde pas à mourir.

Nous en sommes donc au moment où Marie et Jean-Baptiste Chautard, mariés, arrivent à Paris. Il est appareilleur pour le gaz. Ils habitent 88 rue Saint-Victor, dans le cinquième arrondissement. C’est alors un quartier très ouvrier, avec beaucoup d’ateliers, chez eux un imprimeur (on pense à Jean Allemane), un plombier zingueur…

Marie est enceinte et décide — envers et contre tous — d’aller accoucher à la maternité. Il y avait alors la maternité de Port-Royal, qui servait d’école aux sages-femmes (je me permets de signaler qu’il en est question dans Josée Meunier 19 rue des Juifs), mais aussi l' »Hôpital des Cliniques », 21 rue de l’École de Médecine, qui servait d’école aux étudiants en médecine (mais c’étaient bien des sages-femmes qui pratiquaient les accouchements, comme on le voit dans les actes de naissance des enfants…). Bref, Marie Chautard y met au monde son fils Louis Ernest le 25 juillet 1859 et ils y restent jusqu’au 6 août, comme le montre son bulletin de sortie (il a servi à reconstituer l’acte de naissance de Louis Ernest Chautard et est donc visible avec les actes reconstitués aux archives de Paris).
L’enfant est aussitôt envoyé à Issoire en nourrice et il y passe quatre ans.
Dix ans après, Marie Chautard met au monde sa fille Marie Victorine dans la même maternité.

Le temps passe et Germaine a maintenant les histoires de deux hommes à raconter, celle de Jean-Baptiste Chautard, que je vais suivre, et celle de son fils aîné Victor (Saint-Just) Chautard, qui étudie aux Beaux-Arts et devient sculpteur et graveur. 

À suivre, donc

La photographie de Germaine Pinard (en 1918) utilisée en couverture m’a été transmise par Léa Bardi (comme à peu près tout ce qui est dans cette série d’articles).