Autour de l’affaire du banquier Jecker, on a exhumé deux inconnus du cimetière de Charonne. Et on les a réinhumés ailleurs.
Sauf que… ainsi concluions-nous l’article précédent. Eh bien, voici.
Mic-mac à Charonne.
Sauf que M. Dupré, le conservateur du cimetière de Charonne, doit faire quelque chose dans son registre : si des corps venant explicitement de son cimetière sont réinhumés quelque part, il faut bien qu’ils y aient au préalable été inhumés. Et voilà comment nos deux inconnus sont apparus dans son registre… au moment même où ils disparaissaient du cimetière. Souvenez-vous, c’est par cette ligne que nous avons commencé le premier article de cette série.
Si le nom du cimetière dont il est issu n’apparaît pas sur les documents policiers concernant le corps de Jecker, un rapport suivant du commissaire Lechartier (celui dont une partie fait la couverture de cet article) parle bien de trois corps exhumés au cimetière de Charonne.
Dupré n’en ajoute que deux dans son registre: comme je l’ai dit, Jecker est inhumé au Père Lachaise, dans le registre duquel il arrive avec son acte de décès du quatrième arrondissement… Il n’est pas indispensable de l’enregistrer à Charonne. Et voilà pourquoi nous n’avons que deux inconnus…
Et c’est fini.
Non, pas tout à fait.
Le conservateur collabore avec la police.
M. Dupré, puisqu’il est en rapport avec la police, confie au commissaire Lechartier
une liasse de portefeuilles, livrets et pièces diverses
reçus par lui entre le 28 et le 30 mai
en même temps qu’un certain nombre de cadavres.
Notez que ces cadavres ne sont pas visibles dans le registre. Je ne sais pas à quelle motivation le conservateur du cimetière obéit. Le policier examine les pièces en question et, parce que c’est son métier, en déduit ce qu’il peut en déduire de l’identité de sept victimes de la Semaine sanglante, écrit un rapport qu’il envoie au préfet de police (le général Valentin)… et ce rapport, conservé par les archives de la préfecture de police, nous donne des informations sur sept inconnus, sept disparus de la Semaine sanglante.
Il est bien entendu que personne n’a dit où étaient les corps.
Ce policier nous dit deux mots de ses motivations, il a rendu la plupart des papiers à Dupré
en ce qu’ils se rattachaient à des indices pouvant être utiles aux familles des défunts,
mais il en a gardé
un certain nombre
qui lui ont
paru offrir quelque intérêt au point de vue des recherches aujourd’hui provoquées par l’insurrection.
Eh bien, comme ces documents ont été préservés par le préfecture de police dans ses archives, nous allons pouvoir identifier sept des huit ou neuf cents inconnus inhumés (en douce, si vous me passez l’expression) dans ce cimetière.
Ce sera le sujet de l’article suivant.
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Le document reproduit en couverture vient du dossier B a/365-3 aux archives de la Préfecture de police.
