Suite de l’épisode précédent. Les dates sont celles de la publication de l’épisode dans L’Ami du Peuple. Ce qui est en bleu m’est dû.

5 février 1885

Le général La Cécilia avait été envoyé à Issy pour réparer autant que possible notre échec. Il n’y resta qu’un jour.
Il continua à défendre le village d’Issy, mais il était déjà fort menacé. Le fort et le parc appartenaient à l’armée versaillaise, quelques compagnies de gardes nationaux tenaient bon à la barricade de l’église, où fut tué Wetzel qui pointait une pièce.

[Le journal du fort, cité par Lissagaray dit, à la date du 7 mai,

On vient de nous apprendre la mort de Wetzel ; les uns disent qu’il a reçu une balle dans le dos.

Au cours de la réunion de la Commune, le lendemain 8 mai, le président, qui est Émile Eudes, annonce que le colonel Wetzel vient d’être tué par l’ennemi à Issy. Des membres demandent si c’est bien par l’ennemi. Et Jules Miot dit :

On ne sait pas. Toujours est-il qu’il a la balle dans le dos.

Comment il le sait, ce n’est pas précisé. Le Maitron, parle d’une balle en pleine tête. La Sociale datée du 11 mai parle d’un obus en pleine poitrine, etc., etc. Le journaliste du Rappel qui envoie des nouvelles d’Issy qui, lui, était sur place, écrit (numéro daté du 9 mai) :

le colonel Wetzel a eu la tête emportée par un obus à la barricade de l’église.

Ce journaliste ajoute :

Ce qui n’empêche pas que de nombraux corps, de francs-tireurs et de volontaires arrivent toujours à Vanves, Montrouge et Issy. Un corps expéditionnaire, sous la conduite du colonel Lisbonne, est parti hier soir de l’École militaire pour opérer dans le centre.

Ce que Maxime Lisbonne nous raconte maintenant (j’ajouterai un peu de vérité à ces informations dans le prochain article!).]

À la suite d’une nouvelle attaque, plusieurs bataillons avaient lâché pied et étaient venus se réfugier sous les remparts à la Porte de Vaugirard. Ils espéraient que l’accès de Paris leur serait permis.
Je fus demandé dans la nuit à l’École militaire et le colonel Henry me transmit l’ordre de Rossel d’avoir à ramener au combat les fuyards.
L’ordre était scabreux. [Cette phrase ne figurait pas dans le manuscrit.]
Il fallait trouver un moyen. J’ordonnai à deux commandants de francs-tireurs de se rendre de Vanves à la briqueterie d’Issy, et d’y attendre mes instructions. J’obtins ensuite du délégué à la guerre l’autorisation d’emmener au moins 50 hommes de la garde nationale à cheval, casernés aux écuries de l’empereur.
Comme toujours, je rencontrai des difficultés. L’armement de ces cavaliers était défectueux, ils ne voulaient pas marcher sans posséder des armes à feu. Je leur fis délivrer des revolvers.

Je partis pour Issy, et une fois en présence des bataillons encore couchés dans les fossés des remparts, je leur intimai l’ordre d’avoir à retourner prendre leurs places aux avant-postes, bien décidé, ajoutai-je, à les y faire conduire l’épée dans les reins par mes cavaliers.
Il eût été triste d’en être réduit à de tels moyens, mais je n’aurais pas hésité un seul instant, convaincu qu’un semblable exemple aurait suffi pour ramener les lâches à leur devoir.
Le mouvement s’exécuta selon mes ordres, et nous ramenâmes à Issy les bataillons récalcitrants.
Brunel vint prendre le commandement en remplacement de Wetzel.

Le lendemain arriva le colonel Malroux avec le complément de cavaliers nécessaire à la formation d’un escadron. Il avait été nommé grand prévôt.
Je fus rappelé à Malakoff, déjà le fort de Vanves était presque cerné et la difficulté était des plus grandes pour le ravitailler.

[Le passage qui suit est un peu résumé dans le volume 2 du livre de Da Costa.]

Du fort d’Issy, venait de s’enfuir une partie des gardes nationaux chargés de le défendre. Ils ne purent rentrer par la porte d’Issy et essayèrent de rentrer dans Paris par celle de Vanves.
Ramenés par le commandant de cette porte à Malakoff, le général La Cécilia avertit le délégué à la guerre, qui arriva en compagnie de deux officiers d’état-major.
Il m’envoya chercher. J’arrivai au moment où le général implorait la clémence de Rossel en faveur des fuyards (ils étaient environ 150).

Non, répondit celui-ci: il faut un salutaire exemple.

Puis, se tournant vers moi:

Colonel, me dit-il, rassemblez immédiatement vos bataillons, faites former les pelotons d’exécution nécessaires pour passer par les armes les fuyard et venez me prévenir aussitôt que mes ordres seront exécutés.

Je dus obéir, mais en m’accompagnant pour assister à l’exécution, il me demanda ce que je pensais de cette mesure énergique.

Général, lui répondis-je, en principe, je ne peux que vous approuver. Depuis longtemps, on aurait dû commencer par là, non seulement envers les fuyards, mais envers tous ceux qui ont essayé d’enrayer le char de la Révolution (1).

(1) Je faisais allusion à l’ineptie des chefs de légion, à la lâcheté des chefs de bataillon et d’un grand nombre de délégués d’arrondissement, qui étaient venus jusqu’aux avant-postes sous le prétexte de s’occuper des bataillons de leur arrondissement, se permettaient de donner hautement leur avis sur tel ou tel mouvement, et poussaient l’impudence jusqu’à encourager la désertion. Ils se posaient comme de grands capitaines. Ils blâmaient les ordres et les commentaient.

(À suivre)

*

J’ai copié le plan dans le livre de Da Costa.

Livres cités

Da Costa (Gaston)La Commune vécue (trois volumes), Ancienne Maison Quantin (1903-1905).

Lissagaray (Prosper-Olivier)Histoire de la Commune de 1871, (édition de 1896), La Découverte (1990).