J’interromps encore une fois le récit de Maxime Lisbonne pour vous parler d’un autre des défenseurs du cinquième arrondissement et de sa famille.
C’est à sept heures du soir [le 21 mai 1871] que le Ve arrondissement est alerté ! Le Capitaine Jean-Baptiste Chautard a rejoint son poste à l’artillerie. Il s’y trouve avec le Colonel Lisbonne et le secondera, autant dans le combat que pour donner des ordres rationnels pour l’emplacement et la construction des barricades qui vont se dresser, dans le Ve autour du Luxembourg, du Panthéon et dans tout le bas de l’arrondissement jusqu’aux quais.
C’est l’histoire d’un homme, mais elle est écrite par des femmes. Il y a Marie Chautard, sa femme et sa cousine, qui parle à sa petite-fille Germaine, puis Germaine Pinard, qui écrit le récit de sa grand-mère, puis Léa Bardi, qui retranscrit le texte de son arrière-grand-mère Germaine… et qui se lance dans des recherches pour en savoir plus sur son « ancêtre communard ». Je vous en parle, moi aussi, mais c’est Léa qui a fait tout le travail!
Je commence par la fin, c’est-à-dire la mort du héros…
Grâce à Léa Bardi, il y a une notice plutôt acceptable (non, ni sur Marie ni sur Germaine, ne rêvons pas) sur Jean-Baptiste Chautard dans le Maitron. Avec une légère erreur, aujourd’hui où j’écris, c’est-à-dire en décembre 2022 (qui certainement aura été modifiée quand vous lirez cet article):
On le trouva mort le 20 avril 1892 au petit matin, gisant dans la rue au niveau du 89 rue de Charenton à Paris (XIIe).
Voilà qui est bien romanesque! Pour avoir beaucoup fréquenté le registre des décès du douzième arrondissement (lors de la préparation d’articles de ce site ou des livres Comme une rivière bleue, La Semaine sanglante et La Semaine de Mai), je n’ai pas d’hésitation sur cette adresse: 89 rue de Charenton, c’est (c’était encore, en 1892) l’hôpital Trousseau. Ce sont d’ailleurs deux employés de cet hôpital (et qui y étaient domiciliés) qui ont déclaré ce décès (Charles Riboulet et Guillaume Prigent ont déclaré ce jour-là six décès — et trois le lendemain).
Il y a une correction dans la marge de cet acte: Jean-Baptiste Chautard a été d’abord déclaré veuf, et ceci a été rectifié. En effet, Léa Bardi, qui a consulté le registre de l’hôpital, dit que Jean-Baptiste Chautard s’est déclaré veuf lors de son admission. Le fait que l’erreur ait été rectifiée (apparemment le jour-même) indique qu’il y avait sans doute un proche avec les employés lors de la déclaration. Pas sa belle-fille en tout cas, elle était déjà morte en 1891…
C’est pour une congestion pulmonaire qu’il a été hospitalisé le 10 avril 1892. Il en est mort le 19 (et pas le 20, qui est la date de l’acte). Il a été enterré le 21 avril au cimetière parisien d’Ivry dans la « tranchée gratuite, 32e division, 25e ligne » (ce que la tradition populaire appelle, un peu à tort, une fosse commune) avec les autres morts de cet hôpital. Il avait 69 ans et semble avoir vécu la fin de sa vie dans la misère.
Nous voilà un peu loin du 21 mai 1871… je vais y revenir.. Il va me falloir mettre un « à suivre »…
À suivre, donc
La façade de l’hôpital Trousseau, rue de Charenton, que j’ai utilisée en couverture, vient tout droit du musée Carnavalet.