Contexte

Une loi infâme, dont plus que jamais se mêle l’exécutif (qui se souvient qu’il y a un exécutif, un législatif, et qu’ils sont séparés?). Et un président qui « tempête », si j’en crois une journaliste du Monde, et qui noie le poisson de sa loi infâme en se lançant dans la défense d’un vieux cochon (non, M. le président, ce masculin n’est pas plus neutre que le vôtre) et de sa décoration.

Déclaration

Et au milieu de tout ce fatras dont il est le héros, une petite phrase

Qui écrit l’histoire et qui la raconte ? Si on laisse l’histoire s’écrire par les oppositions, on ne va pas tenir longtemps. 

Qui écrit l’histoire?

Oui, qui écrit l’histoire? Les vainqueurs, bien sûr, tout le monde le sait. Est-ce sa position de « vainqueur » que défend notre héros? Y a-t-il vraiment encore des « oppositions » pour lui voler la vedette?
Si j’étais historienne — certes je ne le suis pas… mais l’histoire, je la raconte, c’est vrai — en 1139 articles sur ce blog, et en quelques livres. Alors, voici un

Conte de Noël

C’est Noël, en 1876. Notre héros est un historien. Non, ce n’est pas Adolphe Tiers. Il s’appelle Maxime Ducamp. Un ami belge lui envoie un cadeau de Noël. Il l’ouvre avec un peu de fébrilité. C’est un livre. Il s’appelle Histoire de la Commune de 1871 et son auteur est un journaliste communard, Prosper-Olivier Lissagaray.

Quoi?

Le voilà qui tempête:

Qui écrit l’histoire et qui la raconte ? Si on laisse l’histoire s’écrire par les vaincus, on ne va pas tenir longtemps. 

Il le sait, c’est à lui, vainqueur, d’écrire cette histoire. Alors, il s’y met. Il écrit — pas uniquement des mensonges, cela ne serait pas crédible, il le sait bien, mais il y en a assez pour que le tout emplisse quatre volumes. Un grand succès. Il y a même eu un fauteuil à l’Académie française à la clef. Un vrai conte de Noël!

Fin

C’est un blog sur la Commune de 1871, mais ce n’est pas la première fois qu’il y est question de ce président qui souhaite, lui aussi, écrire l’histoire (il nous a déjà dit, là, que

Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée,

Il a fallu en reparler dans un autre article…).

Je crois quand même qu’on lit davantage Lissagaray que Ducamp aujourd’hui. Néanmoins, Ducamp et ses consorts « tiennent ». Plus que jamais.

Bon, je vous souhaite quand même un joyeux Noël — si vous lisez cet article, c’est que vous n’êtes nulle part sous les bombes, que vous n’êtes pas sous une tente dans un campement de migrants, que cette loi infâme ne menace ni les soins médicaux dont vous avez besoin ni votre possibilité de poursuivre des études… je n’en rajoute pas.

*

Je remercie vivement Rue89 Strasbourg pour l’autorisation rapide d’utiliser la photographie — campement de migrants devant… le grand sapin de Noël de la place Kléber à Strasbourg (auto proclamée « capitale de Noël ») —, que j’ai trouvé dans leur article Dans l’ombre du marché de Noël…

Les livres cités sont, naturellement:

Lissagaray (Prosper-Olivier)Histoire de la Commune de 1871, Bruxelles, Librairie contemporaine de Henri Kistemaeckers (1876), Histoire de la Commune de 1871, (édition de 1896), La Découverte (1990).

Du Camp (Maxime)Les Convulsions de Paris, Paris, Hachette (1879).