À certaines époques, qui sont ordinairement les précurseurs de grands événements historiques, de grands triomphes de l’humanité, tout semble avancer d’un pas accéléré, tout respire la puissance : les intelligences, les cœurs, les volontés, tout semble marcher, tout va à l’unisson, tout semble marcher à la conquête de nouveaux horizons. Il s’établit dans toute la société comme un courant électrique qui unit les individus les plus éloignés dans un même sentiment, et les intelligences les plus disparates dans une même pensée, et qui imprime à tous la même volonté.

Bakounine, Lettres à un Français (3 au 9 septembre 1870)

 

La « Révolution du 18 mars » ne s’est pas produite comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le ciel était bien loin d’être serein. Pas seulement à cause du siège que la ville venait de subir.

La répression de l’insurrection de juin 1848, la suppression de la République et l’installation d’un régime très autoritaire intimement lié au développement du capitalisme… le plus beau symbole de cette union fut le maître de forges Eugène Schneider, à la fois patron des usines du Creusot et président du Corps législatif. Voilà la toile de fond du ciel politique.

1864 vit la fondation de l’Association internationale des Travailleurs.

Les années 1867-1870 furent celles d’un nouveau développement de cette association (AIT), des chambres syndicales ouvrières et d’autres associations ouvrières. Elles furent aussi celles de grandes grèves ouvrières, bronziers en 1867, mineurs du Creusot, fondeurs en fer en 1870…

La liberté de la presse et de réunion, inexistante jusqu’en 1867, fut assouplie.

Dans le même mouvement que ces grèves et revendications, des journaux voyaient le jour et survivaient quelques mois avant d’être interdits — l’interdiction étant souvent accompagnée de lourdes amendes et de peines de prison pour les rédacteurs.

Le besoin immense de liberté d’expression explosa, dès juin 1868, lorsque des réunions publiques, très encadrées, furent autorisées. On vit alors une floraison de clubs, autant de lieux où se rencontrèrent notamment les acteurs des grèves, des associations ouvrières, et de la presse républicaine.

Cette montée en puissance s’accompagna d’une montée en force de la répression. On ne compte plus les amendes, les procès, les violences policières et patronales.

L’année 1870 vit plusieurs manifestations à tendance insurrectionnelle, comme lors des obsèques de Victor Noir (janvier), de la déclaration de guerre (juillet), de la tentative blanquiste à La Villette (août), puis, après la proclamation de la République, du 31 octobre et du 22 janvier (1871)… à un moment où les prolétaires des faubourgs parisiens étaient armés.

Pour illustrer cette effervescence révolutionnaire, voici quelques-uns des journaux d’ « avant la Commune »:

La Rue de Jules Vallès, un hebdomadaire, du 1er juin 1867 au 11 janvier 1868,

Le Peuple de Jules Vallès, un quotidien, du 4 février 1869 au 18 février 1869,

La Marseillaise, d’Henri Rochefort, un quotidien, du 19 décembre 1869 au 9 février 1870, du 12 février 1870 au 18 mai 1870, du 21 juillet 1870 au 25 juillet 1870,

La Rue de Jules Vallès, un quotidien, du 17 mars 1870 au 13 avril 1870.

 

Par cet article, j’ouvre une nouvelles série « Avant la Commune« , consacrée à ces journaux ou à des articles qui y sont parus, ainsi qu’à divers autres documents.

Les journaux eux-mêmes, dans leur intégralité, seront mis en ligne au fur et à mesure sur cette page du site archivesautonomies.org.

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Le présent article a été écrit en collaboration avec Yves Cunat.

La photographie de Marville représente la rue des Gravilliers, où fut un des premiers locaux de l’Association internationale des Travailleurs à Paris. Je l’ai trouvée et copiée sur ce très beau site.

Livres utilisés

Bakounine (Michel), Lettres à un Français sur la crise actuelle, 1870.