Nous sommes encore un peu avant la Commune, pendant le siège. Mais il est impossible de parler de la Commune sans parler du siège de Paris. L’ânerie suivante est répétée encore et encore (on n’a pas attendu les traitements de texte et l’internet pour copier-coller).

En janvier, Paris était assiégé. Tous les chevaux, chiens, chats, rats avaient été mangés. On a mangé deux éléphants. Ici, « on » désigne quelques privilégiés, bien entendu.

Ces éléphants n’étaient pas, comme on le lit souvent, des animaux du Jardin des Plantes. C’étaient des éléphants du Jardin d’Acclimatation.

Le Jardin des Plantes est une institution scientifique et les scientifiques qui en ont la charge et la direction l’ont préservé autant que possible. Les serres ont bien été détruites par le bombardement prussien de la nuit du 8 au 9 janvier 1871, mais pas les éléphants… La palme d’or à Georges Soria qui nous livre un joyeux mélange à propos des deux éléphants

du Jardin d’acclimatation Castor et Pollux. Ils furent abattus à un jour d’intervalle sur l’ordre du directeur Geoffroy Saint-Hilaire (lequel a laissé son nom à la rue de Paris longeant encore aujourd’hui cet établissement).

Geoffroy Saint-Hilaire est mort en 1844 et la rue Geoffroy-Saint-Hilaire longe, depuis 1868, le Jardin des Plantes (mais pas le Jardin d’acclimatation, qui se trouve bien loin de là).

Il est vrai que les journaux de l’époque n’aident pas: un journal anglais publie, le 28 janvier, une gravure dont l’esquisse est arrivée par ballon… sous le titre Killing an elephant for food at the Jardin des Plantes.

elephants

Entre parenthèses, la ménagerie du Jardin des Plantes n’est pas du côté de la rue Buffon, comme le dit Alexis Lecaye dans un roman policier que je ne peux m’empêcher de conseiller, mais exactement de l’autre côté (rue Cuvier).

Le mieux est de donner la parole au reporter du Rappel, le 23 mars 1871:

Les éléphants, les hippopotames, les rhinocéros, les bisons, les buffles, les zébus, les yacks, etc., qu’on avait dits passés de l’état d’herbivores à l’état de rosbeefs, se portent généralement fort bien. Ils ont bien un peu souffert de la mauvaise qualité de la nourriture et de la rigueur de l’hiver; mais au total trois ou quatre au plus sont morts de maladie. Les éléphants, buffles, etc., tués et mangés provenaient du jardin d’acclimatation.

 

(à suivre)

Livres cités

Soria (Georges), La Grande histoire de la Commune, Livre Club Diderot (1971).

Lecaye (Alexis), Marx et Sherlock Holmes, Fayard-Noir (1985).