Aujourd’hui, je fais ce que j’ai évité les jours précédents, décrire la séance de la Commune à l’Hôtel de Ville. Je prends tout simplement le sommaire (dans l’édition des procès verbaux de Bourgin et Henriot) ici en vert, ainsi que toutes les citations, et je m’arrête parfois pour commenter. Quelle pagaille! Et que de temps perdu!

Incident au sujet d’un article du Vengeur et de la démission de Félix Pyat. C’est Auguste Vermorel qui lance le débat à ce sujet. Je regrette que ceci prenne tant de place dans le procès-verbal — et surtout que ça ait fait perdre tant de temps aux élus. Notez que Pyat n’est pas présent.

Adoption du procès-verbal du 21 avril. C’est par l’adoption du procès-verbal de la veille que doit commencer la réunion du jour. Le président intervient: Le bureau me fait observer que l’on passe à l’ordre du jour pur et simple, attendu qu’un vote antérieur avait déjà décidé que l’on n’accepterait aucune démission.

De sorte que l’on se met à discuter pour savoir si on a vraiment voté ça. J’avoue que, même si le président ce jour-là s’appelle Eugène Varlin, je ne le trouve pas très efficace. Quand même, au bout d’un temps certain, le procès-verbal est adopté. Et le président lit une…

Communication démentant l’entrée des versaillais à Saint-Denis. Ce qui n’empêche par Babick de prendre la parole pour reparler de démission et Durand pour reparler de Félix Pyat.

Communication relative à la situation dans la Nièvre. C’est Jules Miot qui intervient. On lui a dit:

Un citoyen, venant du Bourbonnais, arrivé hier soir, 21 avril, a déclaré qu’il a su, en passant à Cosne, que 20 soldats, s’étant présentés pour empêcher le mouvement révolutionnaire, ont été anéantis par les révolutionnaires.
On annonçait l’arrivée de 800 hommes, munis de vivres… 

Vous voyez que la situation est extrêmement grave et tendue dans la Nièvre. Il est certain qu’en ce moment une lutte sanglante est engagée et, d’un moment à l’autre, nous pouvons apprendre que de pareils faits se sont produits. Il faut absolument que vous disiez à la France quelle altitude vous entendez tenir vis-à-vis d’elle, et si vous voulez provoquer et soutenir ces mouvements.

Relations avec la province. Dans la discussion qui suit, Parisel dit qu’il faut envoyer au moins un mot d’ordre en province. Le président (Varlin, donc) rappelle: Depuis le 18 mars, nous ne sommes pas restés inactifs, et, au ministère des Finances, nous avons donné des fonds pour l’envoi de ces délégués.

Pourtant, en province, on ne sait pas ce qui se passe à Paris. Écoutez Victor Clément (élu du quinzième): Citoyens, j’ai vu un de mes amis qui arrive de Bourgogne, en qui on peut avoir toute confiance, et qui me disait que l’esprit était bien contraire à Versailles, mais que l’on ne savait pas ce qui se faisait à Paris.

Notez aussi qu’il y a une commission des affaires extérieures, dont c’est la tâche, et, comme le rappelle le président, il n’y a donc pas lieu de se préoccuper de cette question en séance.

La Commune passe à l’ordre du jour. – Arrestation du colonel Faltot; demande d’explications au délégué à la Guerre. Il s’agit du commandant du fort de Vincennes, arrêté pour une histoire de vol de chevaux, c’est Arnold qui en parle, mais Langevin intervient sur l’émotion que cette arrestation a produite dans le 15e arrondissement, où Faltot est connu. Je puis, dit-il, d’autant plus en parler qu’ïl a été mon commandant et, après le 18 mars, il a été nommé Chef de légion dans le 15e arrondissement. Si les bataillons du 15e sont un peu désorganisés en ce moment, c’est par l’absence de Faltot, qui est un républicain intelligent et énergique. Si donc il n’y a pas de motifs très sérieux à son arrestation, je demande qu’elle ne soit pas maintenue.

Devinez quoi, Serraillier, qui n’a pas dû écouter, demande qu’avant d’entrer dans une autre discussion, on statue sur la proposition Miot. Plusieurs membres lui font remarquer qu’on a statué. — Mais non! on a seulement prononcé la clôture. — On a renvoyé la motion Miot, comme nous l’avons déjà fait en semblable cas, au délégué aux Relations extérieures. Il n’y avait pas autre chose à faire. Que la province fasse ce que nous avons fait, dit Varlin. De sorte que l’on peut revenir à la question de l’arrestation. Delescluze intervient à propos de Faltot, et Parisel donne des nouvelles de son arrondissement, le 7e, nous n’avons, dit-il, pour ainsi dire, qu’un bataillon, le 105e, sur lequel nous puissions compter. Une grande partie des officiers ont été arrêtés, il ne restait à peu près que le commandant, dont le fils vient d’être fusillé à Versailles, et qui, lui-même, vient d’être blessé. Eh! bien, ce commandant a été arrêté hier, si bien que, le bataillon ne voulant pas marcher sans son commandant, nous sommes exposés à ne plus pouvoir compter sur le 105e.

Reste à savoir si la Commune doit envoyer un ordre de faire relâcher ces citoyens, ou, comme le pense Babick, adresser une interpellation, ou à la Commission de la Guerre, ou au ministère. Il faut, dit-il, forcer le ministre à retirer lui-même son ordre, autrement vous allez provoquer un conflit. On finit par adopter cette motion:

Deux membres de la Commune se rendront auprès du délégué à la Guerre, pour le prier de motiver l’arrestation des citoyens Faltot et Garanti, ou d’ordonner leur mise en liberté immédiate.

Ce seront Sicard et Langevin (élus des arrondissements concernés).

Inhumation des cadavres non reconnus dans les ambulances. Dans le service des ambulances, dit Rastoul, il y a des négligences, auxquelles il est indispensable de remédier. Dans l’ambulance de la Presse, il y a quelques cadavres qui n’ont pas été reconnus; il pourrait y avoir là un foyer d’infection qu’il faut absolument faire disparaître.[…] Je propose le projet de décret suivant :

La Commune charge le citoyen Rastoul d’inhumer les cadavres qui ne sont pas réclamés, après quarante-huit heures, dans les ambulances.

J’ajoute qu’il tient un registre, qui se trouve aujourd’hui aux Archives de Paris, sur ce sujet.
On vote, puis Allix dit qu’il a fait ce qu’il fallait dans le huitième… mais on a voté!

Distribution des secours par les municipalités. Car certaines ne les distribuent pas…

Proposition Parisel, concernant l’emploi de nouveaux moyens de défense. – Communication sur les forts du Sud. – Adoption de la proposition Parisel. Là, je vais être rapide en renvoyant à cet ancien article, qui non seulement rend compte de la création de la délégation scientifique (ce dont il est question là), mais en plus, met en lumière la citoyenne Angot (dont évidemment il n’est pas question là!).

Discussion sur l’action de la Commune. C’est Blanchet qui prend la parole: Je constate que, depuis quelques jours, la Commune se suicide en n’agissant pas assez, et, si elle n’agit pas, la Révolution est perdue. Nos séances commencent à 3 heures, nous ne sommes pas au complet et nous discutons beaucoup, mais nous agissons peu. Nous n’employons pas les moyens révolutionnaires, et, pendant ce temps, les réunions réactionnaires s’organisent. Parlons moins, agissons plus. Moins de décrets, plus d’exécution. Où en est le décret sur le jury d’accusation? et la loi sur les réfractaires, non appliquée? Et la colonne Vendôme, qui n’est pas abattue encore! On le dit: la Commune n’est pas révolutionnaire; et l’on a raison; les réactionnaires prennent de la force. Citoyens, nous faisons beaucoup de décrets qui ne sont pas exécutés. Eh! bien, nous devons compte de notre mandat à nos électeurs. Vous l’avez vu, quand vous avez convoqué les électeurs. Plusieurs voix s’élèvent: On nous accuse d’avoir un plan analogue à celui de Trochu. (Accusation infamante: voir notre article du 15 octobre!) Et le président Varlin: Je suis d’avis que nous perdons peut-être beaucoup de temps ici; mais, enfin, ceux qui crient le plus fort ne sont pas ceux qui font le plus.

Sur ces fortes paroles, je vais laisser le sommaire vous raconter la suite.

Projet de décret, présenté par Protot, sur le jury d’accusation, applicable aux otages; la Commune l’adopte. – Interpellation Avrial sur l’arrestation de Bergeret: la Commune vote la mise en liberté de Bergeret. – Rapport Miot au nom de la Commission d’enquête sur la Sûreté générale. – Comité secret. Incident Delescluze-Rigault. (Encore un incident!) – Sicard rend compte de sa mission auprès de Cluseret, au sujet de l’arrestation de Fallot (il n’a pas traîné! mais ceci mesure aussi le temps passé en discussions); la Commune décide la mise en liberté provisoire. – Communication de Meillet sur la relève des bataillons et sur les affaires militaires. – Proposition Vermorel (qui manque). – Communication de F. Henry sur l’état du fort d’Issy; la Commune vote la proposition Jourde, tendant à ce qu’une enquête soit faite sur l’administration de la Guerre. – Renvoi d’une proposition Longuet relative au Journal Officiel. – Fixation de l’ordre du jour de la séance suivante.

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J’ai déjà utilisé l’image de couverture il y a longtemps, elle vient toujours du Monde illustré daté du 15 avril.

Livre utilisé

Bourgin (Georges) et Henriot (Gabriel)Procès verbaux de la Commune de Paris de 1871, édition critique, E. Leroux (1924) et A. Lahure (1945).

Cet article a été préparé en novembre 2020.