Le 2 octobre 1869 paraît le premier numéro d’un nouvel hebdomadaire, Le Corsaire — littéraire. Je l’ai déjà dit sur ce site, pour avoir le droit de parler de politique dans un journal, au beau temps de l’empire, il fallait être riche… et le prouver en versant une caution.

Cet hebdomadaire paraît le samedi sur quatre pages, il se vend dix centimes.

Il est publié par Gustave Richardet, « directeur-gérant » et Paul de Trottignon, « secrétaire de la rédaction ». Tous deux s’expriment sur leurs intentions dans le premier numéro, ils publient ensuite un poème de Victor Hugo, une chronique de « A. de Secondigné » (qui s’appelait Achille-Henri Beaubeau — si, si — et venait de Secondigné, avait vingt-trois ans et déjà l’expérience des journaux éphémères), un article de Vermorel, que celui-ci avait aimablement ressorti de ses cartons, et un article de Vallès, « Les Criminels ».

C’est encore un journal éphémère: il n’a que six numéros. Il est éphémère et changeant. Dans le numéro 2, le secrétaire de la rédaction s’appelle Fernand Delaville, dans le numéro 3 Auguste Saulière (seul son nom change).

Le numéro 4 montre des changements plus importants,

  • annonçant que le journal va paraître les mercredis et les samedis
  • ajoutant au rédacteur en chef, qui est toujours Guichardet, un « rédacteur principal »… ah! voilà notre ami Vallès à nouveau dans ses meubles — ou au moins co-locataire,
  • modifiant la police de caractères du titre, et d’ailleurs le titre lui-même, qui perd son qualificatif « littéraire »,
  • annonçant, sous ce titre (dans la manchette) « Ancienne rédaction du Peuple et de La Rue « ,
  • et, peut-être parce que le rédacteur principal croit à l’importance des images, toute la une est un dessin, nous sommes le 13 novembre 1869, on ne parle pas de politique mais on présente Rochefort, le candidat socialiste de la seule élection qui compte, la législative partielle de la première circonscription de la Seine,  avec sa lanterne (à défaut de sa Lanterne), en première page.

Les membres de la rédaction sont précisés, dans ce numéro et les suivants, oui, toute la « bande » du Réfractaire est là:

G. Duchêne, Ch. Longuet, Passedouet, Victor Huriot, Pierre Denis, E. Chemalé, G. Cavalier, A. Humbert, Émile Oudet, Charles Lullier.

G. Puissant, Bellanger, Francis Enne, Victor Noir, Gustave Maroteau, Gaston Carle, Auguste Saulière, Frédéric Damé, Émile Lambry.

MM. Rogeard et Gustave Flourens nous ont promis leur collaboration.

Ce numéro est consacré aux proscrits, Félix Pyat, Barbès, Louis Blanc — ce journal littéraire n’oublie à aucun instant qu’il paraît en période électorale. Voyez l’article d’Alphonse Humbert rappeler qu’Adolphe Crémieux, justement candidat de la « gauche républicaine » dans la troisième circonscription de la Seine, avait voté pour Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1848 — avec hélas une pique antisémite — qui n’a pas gêné la rédaction… Il faudra bien revenir sur cette question plus sérieusement un jour.

Il est inutile de le dire, Le Corsaire n’est jamais paru le mercredi. Il lui restait deux numéros et ils sont parus les samedis 20 novembre et 27 novembre.

La dernière page du numéro 6 et dernier se termine par une belle annonce:

… Pour la parution de La Rue, il faudra attendre une Marseillaise, un assassinat et un enterrement de Victor Noir, et le 17 mars 1870.

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Comme tous les autres articles publiés dans cette rubrique « Avant la Commune », celui-ci l’est en collaboration avec le site archivesautonomies.org, sur lequel sont en ligne les exemplaires du journal (numérisés par la Bibliothèque nationale de France et acquis par nous).