Puisqu’il a été question, ici ou (et même ), de Galliffet, je reviens aux sources de la littérature consacrée à la Commune, et même à la source, c’est-à-dire à La Guerre civile en France. J’ai bien sûr déjà, à la source même de ce site, consacré un article à ce livre. Je ne redirai donc pas tout le bien que j’en pense.

Et je n’ai aucun doute que vous en trouverez une version en ligne, si vous voulez le lire ou le relire. Il y en a une sur Gallica, publiée par le Bureau d’Éditions (communiste) en 1933, avec (une préface fort datée et) le texte d’Engels de 1891 qu’il est d’usage de publier en introduction.

Voici le passage dans lequel Marx mentionne Galliffet. Il ne s’agit pas de la Semaine sanglante de mai 1871 mais de la « sortie torrentielle » (et catastrophique) du 3 avril.

Les hommes de ligne capturés furent massacrés froidement; notre vaillant ami, le général Duval, le fondeur en fer, fut fusillé sans l’ombre d’un procès. Galliffet, le souteneur de sa femme, si notoire par ses exhibitions éhontées dans les orgies du Second Empire, se vante dans une proclamation d’avoir dirigé le meurtre d’une petite troupe de gardes nationaux avec leur capitaine et leur lieutenant, surpris et désarmés par ses chasseurs.

(J’ai utilisé la traduction du Bureau d’Éditions en 1933.) En effet, Galliffet s’est vanté. La proclamation de Galliffet dont il est question disait:

La guerre a été déclarée par les bandits de Paris. Hier, avant-hier, aujourd’hui, ils ont assassiné mes soldats. C’est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins. J’ai dû faire un exemple ce matin; qu’il soit salutaire; je désire ne pas en être réduit de nouveau à pareille extrémité. N’oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par conséquent sont à Versailles et à l’Assemblée nationale et non avec la grotesque Assemblée de Paris, qui s’intitule Commune.

(J’ai utilisé le texte cité par Dubreuilh dans L’Histoire socialiste dirigée par Jaurès.) À sa traduction de La Guerre civile en France, dont j’ai déjà publié l’appendice sur la mort de Duval, Charles Longuet a ajouté un appendice intitulé « Galliffet, fusilleur-type ». La préface du livre est datée du 2 décembre 1900. Galliffet avait été ministre de la Guerre du 22 juin 1899 au 28 mai 1900. Voici ce texte de Charles Longuet (c’est bien sûr sa propre traduction de Marx qu’il cite):

« Galliffet, dit Marx, adressait à ses troupes un ordre du jour pour sa vanter d’avoir fait assassiner un détachement de gardes nationaux. »

Du moins, Galliffet, lui, n’y mettait pas l’hypocrisie. Ce n’est pas dans son caractère. Il se vantait, comme il se vanta au Mexique d’être un chef de pendeurs (sic); de ne pas faire quartier aux malheureuses suspectées de défendre leur pays, comme il se vante partout et toujours, jusque pendant son récent passage à la Guerre, faux énergique sinon faux brave, fanfaron d’un vice qu’il croit être la première vertu militaire: la cruauté.

Son ordre du jour aux soldats qu’il commandait à Chatou le 2 [sic, c’était le 3 et le 4] avril a été maintes fois reproduit. Il brille par ce trait caractéristique: les gardes nationaux qui ont répondu à ses coups de fusil, qui se sont loyalement battus, lui ont assassiné ses soldats. Donc il a le droit, lui, de passer par les armes tout prisonnier ou simplement tout Parisien sans armes tombé entre ses mains. Il a ce droit comme au Mexique, comme partout où il n’a pas affaire à une armée régulière qui lui ferait payer cher ses notions du droit des gens.

À Paris en usa-t-il plus qu’un autre. A-t-il mérité la palme de premier fusilleur de France, comme La Tour d’Auvergne était premier grenadier? Qu’importe! Il restera le fusilleur représentatif. Il symbolise la forme la plus achevée des répressions bourgeoises au XIXe siècle.

 

Livres cités

Marx (Karl)La Guerre civile en France, adresse à l’Internationale, 30 mai 1871,  –, La Guerre civile en France, Édition nouvelle accompagnée des travaux préparatoires de Marx, Éditions sociales (1972), –, La Guerre civile en France (La Commune de Paris), traduction de Charles Longuet, présenté par Amédée Dunois, Librairie de L’Humanité (1925), — La Guerre civile en France, Bureau d’Éditions (1933).

Dubreuilh (Louis)La Commune, in Histoire Socialiste, dirigée par Jean Jaurès, Paris, Jules Rouff (1901).