Le titre de ce livre, paru pour la première fois en 1897, est L’Enfermé. C’était un des surnoms du révolutionnaire Auguste Blanqui.

J’ai acheté le livre fin novembre à Nice. C’est une des belles réalisations de L’Amourier, éditeur dont j’ai déjà dit beaucoup de bien sur ce site (ici ou , à propos de leur réédition des Pétroleuses). Je l’ai pris pour le lire nettement plus tard, un jour où je n’avais rien d’autre à lire. Je ne sais pas si c’est le meilleur livre que j’ai lu ces derniers temps, mais c’est sans aucun doute celui qui m’a le plus éblouie.

Sûrement vous achèterez ce livre quand ce sera redevenu possible. D’autant plus que les petits éditeurs auront besoin d’un grand soutien. En attendant, il y a une version sur Gallica, que vous pouvez lire en ligne. Elle est indiquée en bas de l’article. Je reviens donc à L’Amourier.

Sur la quatrième de couverture, un texte de François Bon, qui fait suivre un

comme on lit un Dostoïevski

d’un

tellement plus fort, à suivre un acteur réel, que ce qu’en reconstruit [de 1848] Flaubert dans L’Éducation sentimentale.

À l’intérieur, un « À propos » de Bernard Noël. Sans parler du dessin de couverture d’Ernest Pignon-Ernest.

Intimidant!

Le livre est magnifique et extrêmement bien écrit. La délectation dont jouit l’auteur lorsqu’il dresse la liste des clubs en 1848 est contagieuse — mais sans risque. La description des prisons, de la condition carcérale, en particulier au Mont-Saint-Michel,

le féodal et le religieux anciens jaillissant du roc

avec la complicité de la mer et du ciel, est bouleversante.

Auguste Blanqui, penseur et révolutionnaire, fils de conventionnel, né le 1er février 1805 et mort le 1er janvier 1881, né à la politique sous la Restauration, a traversé son siècle, des toutes premières barricades de 1827 à l’après-Commune. Il est hors de question de parler ici de tous les aspects de sa vie, de sa pensée politique, ni même de tous ceux du livre. J’en ai déjà parlé, très brièvement, ici, , et encore ailleurs. Et je m’engage à publier une série d’articles sur son journal La Patrie en danger à l’automne prochain.

Et le prochain article de ce site contiendra des détails. Je vais donc me contenter pour aujourd’hui de dresser, moi aussi, une liste, celle des dates et des prisons dans lesquelles « l’Enfermé » a passé plus de quarante-trois ans de sa vie.

Il est (brièvement) incarcéré à

  • Nice en 1829.

De l’évocation des Trois-Glorieuses, je ne garde que le drapeau tricolore sur Notre-Dame (celui qu’on voit sur La Liberté guidant le peuple de Delacroix), et bien sûr le fait que Blanqui ne désarme pas quand la révolution accouche d’un Louis-Philippe. Il est arrêté le 30 janvier 1831, passe

  • du Dépôt à
  • la Grande Force

est à nouveau condamné en 1832, de sorte qu’il est en prison pendant la révolte lyonnaise des canuts et l’émeute parisienne de Saint-Merry en juin 1832, au cours de cette période passe par

  • Sainte-Pélagie et
  • une prison de Versailles.

Jugé complice de la « conspiration de la rue de Lourcine » en 1836, il est envoyé à

  • Fontevraud

(oui, l’abbaye, qui fonctionnait comme prison… encore assez tard au vingtième siècle, puisque Genêt l’évoque dans un de ses livres — excusez cette inévitable digression), puis interné et sous surveillance à

  • Pontoise.

Il y a ensuite une prise d’armes suivie d’une prise de l’Hôtel de Ville — qui semblent deux plagiats par anticipation du 14 août et du 31 octobre 1870 — pour lesquelles Blanqui est condamné à mort, condamnation commuée en détention à perpétuité et le voilà au

  • Mont-Saint-Michel.

Sa femme Amélie-Suzanne Serre en meurt. Nous sommes en 1840. Il essaie de s’évader. Mais on ne s’évade pas du Mont-Saint-Michel. Un changement de climat recommandé par un médecin l’envoie à

  • Tours

— et je ne vous parle pas des conditions de transport d’un lieu à un autre.

Huit années racontées par soixante pages bouleversantes (je l’ai déjà dit, mais qu’y puis-je?). Une grâce et au bout le retour à Paris en février 1848. Je ne vous fais pas la liste des clubs. Le 15 mai, une manifestation, dont Blanqui est, envahit l’Assemblée. Il est arrêté le 26 mai. Et se trouve au

  • donjon de Vincennes

pendant les journées de juin… et jusqu’à juin 1849. La Haute-Cour de justice de Bourges l’envoie à

  • Doullens,

dans la Somme, où il passe un an et demi avant d’être envoyé à

  • Belle-Île

dont il tente aussi de s’évader, sans succès. Et d’où il est extirpé trois ans après cette tentative, nous sommes le 1er décembre 1857, pour être envoyé à

  • Corte

— par mer, via Cadix et Ajaccio. Il en est « libéré » le 2 avril 1859 et c’est

  • Mascara,

en Algérie. L’amnistie générale du 15 août (Saint-Napoléon) 1859 le libère. De sa famille il lui reste des sœurs. Ses manuscrits ont été brûlés. Il devient « le Vieux ». Il est bientôt inculpé à nouveau (société secrète) et le voilà à nouveau, le 14 juin, à

  • Sainte-Pélagie.

Geffroy dit que c’est le moment le plus heureux de sa vie. La sociabilité de cette prison est bien connue. Il a des amis, des disciples. Un passage par l’Hôpital Necker et l’aide de ces amis lui permet même de s’évader — c’est plus facile qu’au Mont-Saint-Michel ou à Belle-Île — vers Bruxelles.

Je passe sur l’année 1870, puisque j’ai l’intention d’en reparler et que j’ai déjà évoqué le 14 août et le 31 octobre. C’est pour le 31 octobre que Thiers le fait arrêter le 17 mars (si, si) 1871, chez une de ses sœurs à Figeac. Il est mis au secret à

  • Cahors.

Je passe aussi sur les négociations tentées par les communards pour l’échanger contre des prêtres parisiens. Les dates sont particulièrement calculées, qui le voient quitter cette prison le 21 mai pour se retrouver au

  • Fort du Taureau

(au large de Morlaix) le 24 mai 1871. Il retrouve la

  • prison de Versailles

pendant son procès — un conseil de guerre, tout ça est absolument illégal — et se retrouve le 17 septembre 1872 à

  • Clairvaux

où il passe ses huit dernières années de prison. Un décret du 6 juin 1879 le libère.

Il n’avait attendu que la liberté pour mourir. Et c’est ce qu’il fait, le 1er janvier 1881.

*

Geffroy (Gustave)Blanqui L’Enfermé, L’Amourier (2015).

Cette édition est très belle (j’aime beaucoup le papier). Tant que vous êtes coincés chez vous et que votre librairie préférée est fermée, il y a une (assez moche) numérisation de l’édition de 1919 sur Gallica, là.