La Semaine sanglante terminée, les soldats ont le temps d’écrire. Voici encore une lettre de Bernard Gazagne, de retour à Saint-Cloud où nous l’avions laissé le 2 mai. Voir la présentation de cette série d’articles pour en savoir plus sur lui.

Bernard Gazagne

1er juin. — Paris, ce 1er juin 1871
Nous étions campés à St-Clou dont je t’assure qui devait être un beau monument et quelque chose de jolie mais depuis que les prussiens y sont passés, ls ont brullé le chateau et de même le village dont c’est quelque chose qui fait pitié avoir. Nous sommes partis le 21 au soir et nous sommes rentrés dans la rue Saint Charles dont les balles nous sifflent à travers les oreilles. Nous sommes rentrés dans les premières maisons. Les maisons qui était fermés qui ni avaut personne, nous les enfoncions à coups de croses de fusis ou avec les hachettes que nous portons toujours. Nous les [qui? ce n’est pas une question grammaticale: l’ennemi n’est pas nommé] désarmions et nous leur prenions tout ce qui apartient à l’état militaire et nous avons fait beaucoup de prisonniers. De la nous avons été au Champ de Mars et nous avons traversé le Troicadereau, enfin, je ne peux pas te dire tous les endroits parce que je ne m’enrappelle pas. Je t’assure qui ne manquait pas de baricades y anavait à toutes les rues et nous les avons prises presque toutes a la bayonnettte dont ils ont le mal des prusiens qu’ils avaient peur de la bayonnette.
Nous avons vu les prusiens à l’avenu St-Vende [??? Où, entre le Champ de Mars et la gare d’Austerlitz? Des Prussiens?]. On les voyait se promener. Nous avons resté une nuit de garde dans la gare d’Orléan et les balles feusait tomber tous les careaux et les obus, les uns atendait pas les autres. Il s’enest rencontré un qui est tombé sur un couvert à cotés de nous et toutes les briques ont sauté et y ana qui m’ont tombé sur la tête et les autres sur les mains dont je croyais être tué mais ça na été rien. Le lendemain dans la rue de Reuillis nous avons eu un caporal de chez nous blessé à la cuisse. Du temps que je parlais à Cornac une balle m’arrive sur le fourreau du sabre et de la bayonnette, il me l’a tout doublé à ne pas pouvoir servir. Si ce n’avait pas été sa il me traversait la cuisse. La balle s’est mise toute platte, je les faite voir a Cornac dont je t’ai parlé, c’est un de Bruyères, nous avons été toujours ensemble.

Dans notre compagnie je puis te dire encore que nous avons bien souffert ses 7 ou 8 jours, sans presque jamais dormir. Nous sommes restés au cimetière du Père La Chaise dont quand nous l’avons pris, nous avons restes pendant toute la nuit de hors et une pluie a vesre dont sa nous traversait la peau et je t’assure que nous n’avions pas chaud. Nous les avions aux insurgés [les voici nommés] à 30 pas et nous avions peur d’être prisonniers pendant la nuit, il fallait veiller, mais ils ne sont pas sortis et puis nous avons fait beaucoup de prisonniers pendant la nuit, dont il fallait veiller, mais ils ne sont pas sortis et puis nous avons été à la prison de la Roquette pour garder ces prisonniers dont je t’assure qu’il n’en manquait pas. Je puis te dire qu’on nous a fait bien souffrir, mais je t’assure que nous enavons bien fusillé et on en fusille tous les jours, on en fait des tas comme du fumier, puis on les porte au cimetière sur des charrettes, 40 à la fois. La population de Paris est bien grande, mais si ça arrivait tous les 6 mois autant, Paris serait bientôt détruit. Enfin la guerre est finie et c’est ce qu’il y avait le plus à désirer et je crois que tout le monde était son désir.

En passant, les gens de la ville étaient contents ou du moins, ils en feusaient. On voulait nous faire boire, mais ce que nous n’en voulions pas parce qu’il y ana eu quelques-uns d’empoisonnés mais tous n’était pas peut-être comme ça, ils criaient; Vive la Ligne.

[Il est certain que l’on a averti les troupes de se méfier, que les soldats risquaient d’être empoisonnés (voir par exemple les dénonciations faites contre Marie Bouard lors de son procès),]

Nous sommes partis de la prison de la Roquette dont je ne me plains pas parcequ’il y a des mauvaises rues et nous sommes à la cazerne Nicolaï, près de la gare de Lyon [???]. Je pense que nous y sommes revenus pour désarmes la garde nationale. Je peux te dire que nous sommes des gueriès, nous ne fesions pas plus attention aux balles qua une fille bien jolie.

Juge donc!…
Je suis été très content que les enciennes autorités étaient reveunues les mêmes [il était sans doute très content que les anciennes autorités aient repris le pouvoir à Paris, mais c’est de son village de 330 habitants, Seilh, qu’il parle]: ton père est maire et Fauresse adjoint. Rien de plus à te dire pour le moment, je te salue, ton tout dévoué ami.

Bernard Gazagne

Puisqu’il me reste un peu de place et que c’est la dernière lettre de ce soldat que je publie… L’auteur de l’article dans lequel j’ai copié cette lettre qualifie Bernard Gazagne, de 

participant et témoin oculaire d’une guerre civile dans laquelle il vécut plusieurs mois dans n’y jamais rien comprendre.

Puis que c’est un 

soldat du droit qui fusille « honnêtement » […] aucune émotion dans le récit.

Il me semble que la question n’est pas qu’il ait « compris » ou pas. Il ne s’agit pas non plus de son seul cas. Il fait partie de ces hommes ordinaires transformés en assassins de grandes masses de personnes, il n’est pas exagéré de dire en exterminateurs. La répression de la Commune n’est évidemment pas le seul moment pendant lequel une telle transformation a eu lieu. Le fait que Bernard Gazagne ne désigne pas les ennemis (qu’il assassine à la bayonnette) montre qu’ils sont déshumanisés, qu’ils n’appartiennent pas à la même espèce que lui, ce qui lui permet de les traiter comme il le fait. De considérer leurs cadavres comme du fumier — littéralement dans cette lettre.
On peut comparer cette attitude avec celles du soldat non nommé de l’article précédent, pour qui il semble que les prisonniers sont presque humains, et celle, dans le même article, de Germain Dathie, qui se concentre davantage sur la performance  de son activité militaire de prise du Panthéon (qui est un massacre) que sur les victimes de ce massacre.

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Les ruines du château de Saint-Cloud ont été gravées par Marks, elles viennent du musée Carnavalet.

Article utilisé

Souverville (Guy-Pierre)La Commune de Paris vue par Bernard Gazagne, forgeron de Seilh, Revue de Comminges, Pyrénées Centrales, Saint-Gaudens, vol. 95 (1981).