Suite des notes de Louis Fiaux sur « Varlin, par Theisz ». La première partie est dans l’article précédent, là.

Au congrès de Bâle (1869) où il [Varlin] était délégué, il vota la propriété collective du sol et des instruments de travail. [C’est un des points de désaccord avec Theisz, et ce qui l’a fait classer Varlin comme « communiste » dans la première partie de son article.]

Entretemps Varlin donnait son concours à toutes les sociétés ouvrières en voie de formation, à tous les travailleurs qui parfois recouraient à la grève avant même d’avoir fait dans leur corporation l’aube d’une Union.

Mais jamais quoiqu’on en ait dit ni lui ni d’autres n’ont fomenté de grèves parmi les corporations ouvrières. D’ailleurs les grèves, fruit de la production capitaliste, naissent naturellement de l’organisation insolidaire du travail et de la répartition, elles ne peuvent être l’œuvre de quelques individus.

Dans la grève des mégissiers en 1869, Varlin déploya une activité sans bornes, provoquant des réunions, sollicitant pour les grévistes des secours, conseillant leur comité, discutant leur projet d’association. Et cela ne l’empêchait pas de faire des tournées en province et d’organiser avec ses anciens compagnons de la deuxième commission de nouvelles sections de l’Association internationale.

En 1870, ils réunirent les délégués de ces sections dans la salle de la Marseillaise, rue de Flandres, et fondèrent la fédération. [Ce que nous avons vu dans La Marseillaise datée du 20 avril 1870.]

Le Conseil fédéral de l’Internationale vint bientôt demander un local à la Chambre fédérale des sociétés ouvrières, et dès lors ces deux groupes entretinrent des relations suivies : ils s’associèrent même dans plusieurs manifestations sans que cependant on puisse un seul instant les confondre ensemble.

Or Varlin influent dans les deux groupes était la cheville ouvrière, l’âme de leur alliance.

Mais la lutte contre l’Empire s’accentuait de toutes parts : elle entraînait tous les ouvriers parisiens ; il fallut donc que les délégués se départissent de la réserve qui leur était imposée par leurs mandants ? Lorsque l’Empire essaya de se raccrocher au plébiscite, les membres des deux fédérations réunies lancèrent un manifeste abstentionniste qui fit le tour de la presse radicale (Avril 1870). [Ce manifeste antiplébiscitaire se trouve dans La Marseillaise du 24 avril 1870, là.]

L’Empire fit alors à l’Internationale un troisième procès dans lequel on impliqua également des délégués de la Chambre fédérale et même des citoyens parfaitement étrangers aux deux groupes. Naturellement Varlin se trouva désigné comme le premier accusé, mais averti à temps il put se soustraire et se réfugier en Belgique. Ce ne fut donc que par défaut que les tribunaux de l’Empire le condamnèrent à un an de prison.

Au 4 septembre il revint à Paris où il fut élu chef de bataillon de la Garde nationale ; il fit aussi partie du comité des vingt arrondissements qui siégeait à la Corderie.

(Pendant le 31 octobre?) [Je pense que c’est une question que se posait Fiaux. Comme nous l’avons vu dans les articles précédents, Eugène Varlin avait participé à la journée du 8 octobre, puis avait été révoqué comme commandant de son bataillon. Il est possible que ceci et la mort de son père l’aient écarté de la vie politique pendant quelques jours. Ce qui expliquerait qu’on n’entende pas parler de lui à propos du 31 octobre.]

Apès la Capitulation il fut porté candidat à la députation sur la liste de la Corderie et aussi sur plusieurs autres listes. Malgré cela il ne fut pas élu, mais il obtint une minorité assez respectable pour que l’élection qui devait suivre les options [c’est-à-dire le choix par certains des élus d’autres circonscriptions — ce qui n’eut pas lieu] l’eut fait représentant de Paris.

Si donc il n’avait obéi qu’à un sentiment d’ambition mesquine, il avait tout intérêt à se tenir un moment à l’écart du parti de la Révolution. Il n’en fit rien.

Lorsque le Comité central de la garde nationale demanda l’adjonction de quelques délégués aux groupes de la Corderie, Varlin fut l’un des quatre élus.

Nous devons faire remarquer que ce ne fut qu’après une longue discussion et sous réserve que cette résolution fut prise. [Les procès-verbaux des réunions du Conseil de l’Association internationale rendent compte de cette discussion, la résolution n’était pas unanime.]

Quelques jours avant le 18 mars, Varlin et Theisz visitaient ensemble les travaux de défense qui s’élevaient dans Paris ; et pendant cette promenade, ils s’entretenaient de l’œuvre accomplie dans les dernières années qui venaient de s’écouler ; ils rappelaient les luttes soutenues pour la propagande socialiste, les discussions dans les réunions ouvrières ; ils regrettaient le temps où ils se berçaient de l’espoir de substituer les Chambres de Travail au Parlement bourgeois pour organiser la République sociale, après que le peuple aurait donné le coup de balai à l’Empire. Maintenant tout cela était rentré dans le domaine des rêves ; on se trouvait en face de la réalité.

L’Empire avait disparu il est vrai, mais il n’avait fallu rien moins que l’invasion et la défaite pour donner au peuple français conscience de l’opprobre que l’Empire lui avait fait subir pendant dix-huit ans.

Il n’avait fallu rien moins que la honte de la capitulation pour faire connaître au peuple parisien la valeur des hommes de la défense nationale, qu’il avait encore soutenu par le plébiscite postérieur au 31 octobre.

De là des explosions de colères patriotiques auxquelles l’Assemblée de Bordeaux répondait par des injures et des menaces.

La France livrée, la République compromise, les ruraux nous promettaient une revanche de la Révolution de 1789.

La guerre civile était inévitable.

Que faire ?

Theisz dit alors à Varlin : « Ne cherche-t-on pas à faire contre nous de nouvelles journées de Juin suivies de fusillades — avec Cayenne pour les survivants ? »

« C’est possible, me répondit-il, les événements ont été plus forts que nous, nous devons songer à nous défendre. Nous ouvriers, nous socialistes militants, nous n’avons pas le droit de reculer, nous n’avons pas le droit de nous retirer. Si nous faisions cela, nous serions des traîtres. »

Après le 18 mars, il fut l’un des membres du Comité central désignés par leurs collègues pour les représenter dans les négociations avec les députés et les maires de Paris — négociations qui aboutirent à l’élection de la Commune. Il fut aussi chargé conjointement avec Jourde de l’administration des finances. Et tous deux administrèrent ce service si important et si difficile avec une entente et une probité admirables.

Varlin fut nommé à la Commune par trois arrondissements.

Après que la Commune eût décidé qu’un seul délégué serait chargé des finances, et Jourde ayant été choisi, Varlin fut adjoint à la commission de la guerre et chargé plus spécialement du service de l’intendance.

Il y resta jusqu’au jour où la Commission de la Guerre fut remplacée par ordre du comité se Salut public.

Lutte dans Paris.

Présent à Belleville rue Haxo le vendredi il s’oppose à l’exécution des otages.

Le dimanche à 5 ou 6 h dénoncé par un prêtre en bourgeois ou un frère de la doctrine chrétienne. [Je suppose que Fiaux a abrégé la « fin », qu’il connaissait bien.]

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Sur la couverture de cet article, la bonnetière à sa porte regarde le photographe, Eugène Atget, qui photographie la rue Pavée et l’entrée de l’Hôtel de Lamoignon… où n’est pas encore installée la Bibliothèque historique de la ville de Paris (mais ça viendra). Et la photo est sur Gallica.

Livres utilisés

Les séances du Conseil fédéral de l’Internationale à Paris pendant le siège et pendant la Commune, Lachaud (1872)