D’avant-hier est daté le premier numéro du journal du club de l’École de Médecine, La Lutte à outrance. Je vous renvoie à cet article. Et aussi à celui-là.

Depuis hier, les obus prussiens

pleuvent comme grêle sur le plateau d’Avron et sur les forts de l’Est

écrit Adolphe Michel dans sa cent deuxième journée du siège, le 28 décembre. Pour préciser, je vous cite (c’est d’ailleurs plus ou moins ce qu’il fait aussi) le Journal officiel daté du 29. D’abord, un rapport militaire, celui du général Schmitz (dans cet article, les citations sont en vert):

28 décembre, 10 h. 30 matin

L’ennemi n’a pas recommencé avec la même violence le bombardement qu’il avait entrepris hier contre les positions d’Avron. Cependant son feu n’a pas cessé. Le Gouverneur est parti dès le matin pour se rendre à Avron. Aucun incident ne s’est encore produit. Nos batteries de Bondy et annexes fouillent les bois avec précision et inquiètent vivement l’ennemi.

Le commandant Delclos, du 5e bataillon de la Seine, a opéré hier une vigoureuse reconnaissance sur le Bas-Meudon, le Val et Fleury, à la tête de 12 compagnies des 4e et 5e bataillons de la Seine et du 3e de la Somme.

Le commandant Delclos fit fouiller ces trois villages où restent encore quelques habitants, et d’où les postes prussiens s’enfuirent à notre approche, laissant quelques prisonniers entre nos mains. Une fusillade assez vive s’engagea au moment où la reconnaissance regagnait le fort d’Issy. L’ennemi fut repoussé et contraint de se rejeter précipitamment dans ses retranchements du Haut-Meudon. Nous avons eu de notre côté deux tués et six blessés.

Le Gouverneur de Paris
P. O. Le général chef d’état-major général, SCHMITZ.

Pour copie conforme:
Le ministre de l’intérieur par intérim, JULES FAVRE.

Le gouvernement continue à s’exprimer, dans le même journal, par la bouche — ou du moins la plume — de Jules Ferry:

AUX HABITANTS DE PARIS

La rigueur extraordinaire et persistante de la saison d’hiver nous impose depuis huit jours de grandes souffrances.

Le froid est à cette heure notre plus cruel ennemi.

La population, dans son ensemble, oppose à cette nouvelle épreuve la persis[tan]ce de l’esprit public et l’effort infatigable de cette discipline volontaire qui, depuis bientôt quatre mois, honore le peuple de Paris devant la France et devant l’histoire.

L’administration a fait, de son côté, tout ce que la situation commande, c’est-à-dire tout le possible.

Dès l’invasion du froid, le maire de Paris a ordonné de vastes abatis dans les bois de la ville; le bois de Boulogne et le bois de Vincennes ont été mis en coupe réglée.

Les plantations qui bordent les routes nationales et départementales sont sacrifiées sans distinction; les gros arbres de nos boulevards sont coupés et débités.

Ce travail, qui met à notre disposition des réserves immenses, s’accomplit avec toute la célérité que comportent une œuvre pareille et les charrois considérables qui en sont la conséquence.

En même temps, tous les chantiers qui renferment des bois de démolition ont été mis en réquisition, et, malgré l’énorme dépense, nous n’hésitons pas à livrer à la consommation les bois de sciage et de charpente réservés d’habitude à la construction.

Autour de la mairie de Paris, tout le monde est à l’œuvre: tous les syndicats, toutes les administrations, toutes les corporations qui nous apportent, avec le zèle le plus louable, un concours aussi précieux que désintéressé.

Chacun fait donc son devoir, et, grâce à tant d’efforts réunis, nous viendrons à bout de ce terrible hiver.

Mais il faut que, de son côté, la population nous vienne en aide; il faut qu’elle supplée par sa bonne volonté, par son honnêteté, par son concours volontaire, aux moyens de surveillance qui nous font défaut. Si les chantiers où nous déposons les bois destinés aux distributions municipales sont, comme cela s’est vu, envahis et mis au pillage, si nos coupes de Vincennes et de Boulogne sont enlevées nuitamment par des bandes de malfaiteurs qui, sans l’assistance de la garde nationale et des honnêtes gens, demeureraient insaisissables; si la propriété privée et la propriété publique ne sont pas respectées, il n’y a plus ni approvisionnement possible, ni équitable répartition.

Nous dénonçons à la garde nationale et à la population les maraudeurs et les pillards: ils sont en ce moment les complices de l’ennemi du dehors, et l’administration est résolue à les poursuivre avec la plus grande énergie.

Paris, le 28 décembre 1870.
Le membre du Gouvernement délégué à la mairie de Paris,
JULES FERRY.

Sur les maraudeurs, voir aussi nos articles du 17 et du 21 novembre. Quant à Jules Ferry, nous le retrouverons pas plus tard que demain.

*

Le dessin du plateau d’Avron et des positions qu’il domine a été fait par M. Sellier, il est paru dans Le Monde illustré, mais je l’ai copié dans le livre de Dayot, sur Gallica, là.

Livre cité

Michel (Adolphe), Le siège de Paris, 1870-1871, A. Courcier (1871).

Dayot (Armand), L’Invasion, Le siège, la Commune. 1870-1871. D’après des peintures, gravures, photographies, sculptures, médailles autographes, objets du temps, Flammarion (s.d.).

Cet article a été préparé en août 2020.