Comme annoncé dans les articles 1 (automne 1869), 2 (Rochefort), 3 (Varlin), 4 (les journalistes et la Commune) et comme présenté dans l’article 0 (Demain), voici la Marseillaise, quotidien, quotidiennement.

Attention, c’est un journal du matin, mais il est daté du lendemain.

60. Mercredi 18 février 1870

Nous annoncions hier un article du citoyen Henri Rochefort pour aujourd’hui. Cet article nous a été adressé par lui de la prison de Pélagie dans la journée de mardi [le journal est daté de vendredi, paraît jeudi, est écrit mercredi]. Il est naturellement passé par le greffe. Il est probable qu’il y a été arrêté.

Nous n’avons pas à caractériser ces procédés du gouvernement impérial. L’opinion publique les juge elle-même.

Le Gérant : J. BARBERET

De sorte que c’est Antonin Dubost qui signe l’éditorial « Le complot et l’empire libéral » ;

les « Nouvelles politiques » incluent encore des condamnations pour délit de presse, Delescluze et le gérant du Réveil, cette fois ;

un Anglais de Boston envoie à Raspail de l’argent pour un monument à Victor Noir ;

dans son « Courrier politique », Labbé considère en particulier l’abrogation, proposée à la Chambre par Jules Favre, de l’article 291 du code pénal, qui interdit les associations de plus de vingt personnes, et repoussée car « le moment n’est pas encore venu » ;

encore une protestation signée de plusieurs étudiants ;

des informations sur les détenus à la Santé, notamment par le citoyen Gromier, qui y est détenu, et sur Rochefort, qui a pu faire venir à Pélagie un fauteuil de chez lui ;

allez, encore un mauvais jeu de mots de L’Ingénu,

— Papa, qu’est-ce que c’est qu’un gouvernement parlementaire ?

— C’est un gouvernement qui parle, qui ment et qui ferait mieux de se taire ;

dans « Les Journaux » je note une comparaison faite par le Daily News entre les cas de Rochefort et d’O’Donovan Rossa ;

quelques « Faits divers » plus ou moins horribles ;

des réunions publiques annoncées ;

au Corps législatif, Favre et d’autres « gauchistes » demandent poliment si l’instruction des 450 détenus ne pourrait pas s’accélérer un peu, posent des questions sur les réunions publiques, sans gros effort ni grand effet, Pelletan ne saura jamais pourquoi on lui interdit de parler de littérature et on laisse parler Favre ;

dans les « Tribunaux », l’instruction de l’affaire Pierre Bonaparte est terminée, c’est demain que sera jugé

le célèbre fabricant d’autographes qui a si habilement trompé M. Chasles et l’Académie presque tout entière.

Je garde deux courtes lettres, celle du citoyen Gromier, dans les « Informations du jour », et celle du citoyen Bony, qui paraît juste après les guignoleries du Corps législatif.

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Le citoyen Gromier que l’on disait grièvement blessé est heureusement dans un état beaucoup moins alarmant. Voici les détails qu’il fournit à ses collaborateurs de la Réforme sur le régime de la quatrième division de la Santé :

Cher citoyen,

Faites savoir au public qu’on nous nourrit de la manière suivante :

À huit heures et pour la journée, un pain noir, immangeable ;

À neuf heures un bouillon clair, parsemé de haricots ;

À trois heures un plat de légumes, et quels légumes !…

Et du matin au soir, de l’eau, à discrétion — … !!!

Et nous ne sommes que prévenus !

Espérons qu’on nous coupera la tête chaque jour, à midi, quand on nous aura condamnés, si l’on nous condamne.

Ah çà ! le gouvernement affermerait-il cent mille francs l’entreprise de notre cantine ?

Dites donc aussi, camarade : les prévenus sans argent et sans ceinturon de cuir pour se serrer le ventre, comment supporteront-ils cet économique et peu substantiel régime impérial ?

Eh bien,

À vous de cœur,

M.-A. GROMIER

On voit que les officieux ont bien tort de railler notre tendance à opposer le brouet noir des républicains aux poulardes truffées des Budgetivores. Qu’y aurait-il de si injuste à leur faire goûter notre cuisine?

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Nous recevons la lettre suivante :

Paris, le 16 février 1870

Citoyen rédacteur,

Dans une note reproduite d’un journal suspect, par la Liberté et la Marseillaise, en date du 16 et 17 courant, je lis mon nom parmi les personnes arrêtées pour un soi-disant complot, accompagné de cette qualification.

Orateur ordinaire des réunions publiques.

C’est cette dernière insinuation, dans ce moment de terreur Olliviériste, que je tiens essentiellement à relever. Si, aux dernières élections et dans des réunions privées, j’ai attaqué quelques fois la conduite plus qu’équivoque de la gauche, ce n’est que comme simple électeur.

Le besoin de travailler manuellement depuis mon enfance n’a pas permis jusqu’alors de faire de moi un orateur et d’étudier assez spécialement les questions sociales, qu’il faudra pourtant bien résoudre, quoique fassent et disent nos gouvernants et honorables démocrates oligarchiques.

Quant à mon arrestation, ma personne n’a pas assez de valeur, j’espère, pour que l’on s’occupe au point de me déranger de mon travail.

Salut et fraternité,

J. BONY, mécanicien

17, rue de Charonne

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La caricature de Marc Amédée Gromier par Klenck vient du musée Carnavalet, via cette page, là.

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Le journal en entier et son sommaire détaillé sont ici (cliquer).

Un glossaire actualisé quotidiennement se trouve ici (cliquer).