Comme annoncé dans les articles 1 (automne 1869), 2 (Rochefort), 3 (Varlin), 4 (les journalistes et la Commune) et comme présenté dans l’article 0 (Demain), voici la Marseillaise, quotidien, quotidiennement.

Attention, c’est un journal du matin, mais il est daté du lendemain.

68. Samedi 26 février 1870

Deux médaillons destinés à être placés sur le tombeau de Victor Noir sont arrivés au journal (je me demande ce qu’ils sont devenus) ;

« Dangerville » ne juge plus indispensable de signer « lanterne » et parle des « Menaces sous condition » ;

dans les « Nouvelles politiques », Morot nous apprend que Jules Simon avait bien voté contre la confiance — Thiers est donc le seul député de Paris a avoir voté pour ;

le « Courrier politique » revient en première page… parce qu’il est signé Arnould (ouf), il annonce en outre la libération d’Habeneck et de Casse (et qu’il n’y comprend rien) ;

la « Question sociale » aussi est là… mais pas Millière, enfin, pas sa signature, c’est Jacques Maillet qui signe — il a la rubrique de Millière, il a les initiales de Millière, et quel beau nom pour un fils de tonnelier ! — et si vous ne me croyez pas, écoutez-le

Je viens vous proposer, citoyens, de reprendre l’étude de cette question au point où elle est restée.

Je vous offre mes services parce que je crois être en mesure de continuer cette œuvre de propagande exactement dans le même esprit.

Depuis plus de vingt-cinq ans, en effet, je partage les opinions politiques et sociales que Millière a toujours professées. J’ai adopté sans réserves les principes qu’il fonde sur une observation exacte de la nature humaine, et je crois que ses moyens pratiques sont parfaitement en harmonie avec l’état actuel de notre civilisation.

Vous pourrez d’ailleurs en juger, citoyen[s]. Dès aujourd’hui, je reprends l’étude inachevée de l’organisation judiciaire.

et c’est ce qu’il fait ;

le « Bulletin du mouvement social » arrive lui aussi sur la première page ;

laissons tomber la politique politicienne de « La Chambre » ;

quelques réunions publiques ;

presque pas de « Faits divers » ;

les « Communications ouvrières » nous apprennent que les produits des souscriptions pour les familles des personnes blessées dans les journées des 7, 8 et 9 février sont distribués par le comité de distribution chez le citoyen Moullé, 65 rue Saintonge, que la chambre syndicale des plaqueurs et perceurs en bosserie fine se réunit à la Corderie du Temple, que celle des marbriers proteste énergiquement contre le règlement que certains patrons veulent imposer (malgré leurs engagements), que les ouvriers-selliers, les ouvriers-tapissiers et les imprimeurs-lithographes se réunissent aussi, et je vous garde la dernière information ;

je boycotte le compte rendu analytique ;

et je signale la liste de souscription pour le tombeau de Victor Noir ;

aux « Tribunaux », c’est le juge Bazire qui juge l’histoire de la fausse lettre, qui condamne Barberet et aussi Malespine, qui a reproduit la même lettre dans La Réforme

BULLETIN DU MOUVEMENT SOCIAL

Les ouvriers de Limoges

La ville de Limoges est une des cités industrielles qui honorent la France. Environ quarante fabriques de porcelaines y sont en activité ; le commerce des céréales, des vins, des spiritueux y est exercé sur une très grande échelle, et le nombre des ouvriers qu’emploient les divers établissements de la localité s’élève à environ huit mille.

Cette importante population laborieuse est foncièrement démocratique. En 1848, la République y possédait d’ardents et nombreux défenseurs ; aussi la réaction se montra là impitoyable, furieuse, et depuis, les travailleurs étaient tombés dans un état de somnolence politique incomparable.

À l’heure qu’il est, le réveil se fait. La question sociale est à l’ordre du jour. Les idées de mutualité, de solidarité, d’association se répandent dans les ateliers. Les ouvriers des différentes professions se groupent pour étudier en commun les questions économiques qui les intéressent, et les porcelainiers, donnant l’exemple, se constituent en Société de solidarité. Voici une adresse qu’ils viennent d’envoyer à leurs collègues de Paris :

Limoges, le 6 février 1870

Aux membres de la Société civile de crédit mutuel et de solidarité de la Céramique de Paris.

Camarades,

Votre lettre collective vient d’être lue, à notre réunion d’aujourd’hui, et nous y faisons une réponse immédiate pour affirmer une fois de plus les sentiments de fraternité et de solidarité qui unissent les ouvriers de Limoges à ceux de Paris.

Oui, nos intérêts sont les mêmes que les vôtres ; oui, notre intention est de les soutenir en nous unissant à votre association par des liens étroits et indissolubles. Les efforts que l’on peut faire pour jeter la discorde entre les ouvriers de la céramique ne sauraient atteindre leur but ; notre conviction est inébranlable comme la résolution que nous avons prise.

Vous êtes déjà organisés, aidez-nous de vos conseils et de vos lumières. Sans votre concours, nos efforts peuvent être frappés d’impuissance, et c’est là, croyez-le bien, le secret de la résistance des patrons en ce moment. Envoyez-nous des délégués qui puissent guider nos premiers pas dans le chemin de l’émancipation et nous aider à vaincre les obstacles de toute nature que ne peut manquer de rencontrer la fondation définitive de notre Société.

Lorsque, par des rapports fraternels et multipliés, nous aurons pu mettre nos griefs en commun, la lumière se fera ; nous saurons si la concurrence ruineuse, que font les fabricants de Limoges à ceux de Paris, existe réellement, et si elle ne provient pas justement de l’infériorité des prix de journée que l’on donne ici en exploitant notre crédulité, notre isolement et notre faiblesse.

À Paris, vous souffrez de nos souffrances ; vos légitimes réclamations ne sont pas écoutées parce que les nôtres ne le sont pas ; votre travail est mal rétribué parce que le nôtre l’est encore plus mal. Que nos patrons de Limoges élèvent, comme ils le doivent, le taux de la main-d’œuvre et vos patrons de Paris seront bien obligés d’en faire autant.

Vous voyez bien, camarades, que nous comprenons que nos intérêts sont solidaires des vôtres. Pourquoi, dès lors, refuserions-nous de vous soutenir ? Ceux qui disent que vos réclamations nous trouvent indifférents font injure à la fois à notre intelligence et à notre cœur : nous sommes décidés à montrer que nous ne manquerons [manquons?] ni de l’un ni de l’autre.

Salut fraternel

(Suivent les signatures au nombre de plus de 500.)

Quand il y aura dans chaque localité, dans chaque centre industriel surtout, un groupe de travailleurs animés de tels sentiments, l’exploitation de l’homme par l’homme sera bien près de disparaître, et la révolution sociale bien près de s’accomplir.

À l’œuvre donc partout, apôtres du progrès, de la justice et de l’égalité. Des actes, des actes.

A. VERDURE

Communications ouvrières

Société démocratique de moralisation par le travail

ayant pour but d’aider les ouvrières et les familles

à vivre dans le devoir par le travail ou à y rentrer

Citoyens

Nous espérons que vous voudrez bien faire partie de la Société démocratique de moralisation par le travail.

La misère et le découragement sont grands. Des mères de famille ont en vain imploré de l’ouvrage dans tous les magasins, et n’ayant plus de vêtements pour se couvrir, ne peuvent même plus se présenter.

Des souscriptions seront ouvertes dans les journaux pour organiser, en attendant mieux, du travail pour l’instant.

Des étoffes sont achetées pour être confectionnées par les ouvrières sans travail à qui on paie leur journée ou leur ouvrage. Les vêtements ainsi faits seront vendus et le prix employé à acheter de nouvelles étoffes pour faire travailler de nouveau. Les personnes qui ont de l’ouvrage à faire, quel qu’il soit, peuvent s’adresser au secrétariat de la Société qui dispose toujours de plusieurs ouvrières.

Quant aux autres genres de travail, on agira de même autant que possible, ou on s’adressera aux personnes qui s’occupent de ces sortes d’industries.

Nous avons confiance en votre patriotisme et nous comptons sur vous.

Salut fraternel

La première réunion de la Société aura lieu le vendredi 3 mars 1870, à huit heures du soir, dans les bureaux du Franc-Parleur Parisien, 129 rue Saint-Honoré. Veuillez l’honorer de votre présence.

Première liste des membres de la Société à Paris :

Gustave Francolin ancien vice-président de la Société pour l’instruction élémentaire ; Mme Adèle Esquiros ; Mme Cotta ; Mme Josse ; Mlle Longchamp ; M. Charles de Sivry ; Mme Vollée ; Mlle Bignon ; Mme Cornebois ; Mme Lebéot, Mlle Bybiet ; M. Bourreiff, Gérant de la caisse des travailleurs ; M. Chamusson ; M. Carcenat-Bresson ; M. Jouffrault, avocat ; M. Hyppolite Souverain, éditeur ; Mmes Rigault ; Mme Bocquet ; MM. L. Speneux ; Eugène Chatelain.

Le [sic] secrétaire

Louise Michel

24 rue Oudot, Montmartre Paris

Nota.– Toujours de l’ouvrage pour trois ouvrières en fleurs et plumes, chez M. Carcenat-Bresson, 6 rue des Petites-Écuries.

Le Secrétariat est ouvert tous les jours de neuf heures du matin à midi.

*

L’image de couverture représente Limoges — avant la gare des Bénédictins! — c’est un dessin d’Hubert Clerget et il vient de Gallica, là

*

Le journal en entier, avec son sommaire détaillé est ici (cliquer).

Un glossaire actualisé quotidiennement se trouve ici (cliquer).